France | Haute-savoie

Pour une fois le vendredi est pluvieux et le weekend est prévu beau. Je suis à deux doigts pieds de sortir en raquettes quand un collègue de travail qui habite à 1000m, me prévient que la neige est à plus de 2000m. L’inspiration ne vient pas lorsque je reçois un message de Christian M., rencontré la semaine dernière au Salève, disant qu’il retourne aux Etiollets du Salève. Je saute sur l’occasion tel le chat sur sa souris.
Après renseignements, le style sera alpin Salévien, donc j’allège mon sac au maximum, évite les bâtons et prend mon appareil compact (qui vit ses dernières randonnées, son successeur au trône est déjà désigné). On se retrouve au parking du tennis de Le Coin, puis montons vers le secteur des Petites Varappes, des grimpeurs sont déjà à l’oeuvre. Nous montons par le sentier des Etiollets, d’abord dans un cirque aux jolies couleurs. Le ton est donné, les muscles vont chauffer. Nous arrivons à la première chaine de la journée (la famille sera nombreuse) qui est un gros câble vertical avec des anneaux pour marches. Christian s’amuse avec ses doigts à produire une musique (la vibration engendre une note). . Il faut bien tirer sur les bras pour se hisser sur le premier anneau afin de poser le pied. Rien de compliqué, mais l’ambiance est donnée. A la sortie, un autre cable nous fait traverser une vire. Nous repartons pour arriver au pied de la difficulté de la journée. A droite un panneau nous indique la Vire Bütifoker qui sera notre retour, mais nous montons droit au-dessus, dans des rochers en escalade II ou 3. Le terrain est un peu exposé, pas de câble et il faut chercher les prises. Je suis heureux d’avoir un « guide » qui me conseille les bonnes prises (là derrière le caillou).
Ensuite plusieurs vires équipées de chaines ou câbles nous permettent de rejoindre un plateau où il est possible de choisir entre une vire ou continuer l’escalade. La forme est là, continuons à grimper. Nous arrivons à la Rape à Fromage, rocher à escalader en 3, avec des gros trou dans la face. Nous rencontrons d’autres randonneurs, des cinéastes avec une caméra sur le front. Le mieux est de monter dans ces trous, un pas m’a posé problème, mais on finit par arriver en haut. On suit le plateau avant d’aborder en frontale un massif rocheux (encore du 3, on peut l’éviter) pour arriver sous le Sphinx, au niveau du Bonhomme, empilement de rochers.
Après la séance photo au Bonhomme et Portail du Sphinx, on suit une vire étroite le long du cirque du Sphinx pour monter sous le sentier de la Corraterie. Là je vois Christian qui ramasse du bois mort et lui en demande le but : c’est pour le thé ! Vous ne connaissez pas le Tea Room de la Corraterie ? Bein allons-y. On rejoint la belle vire du sentier de la Corraterie, sous le drapeau savoyard, une dernière montée en 3 (un sentier tranquille est sur le côté, nous le prendrons au retour) et nous voilà sur la vire (cul de sac) qui suit le drapeau savoyard. On s’installe là et profitons du soleil généreux pour la pause. Je vois Christian qui sort son casse-croute, la théière touareg et un cor des Alpes (celui en fibre de carbone d’Yverdon, 1.4kg, 3’700.- CHF). Je comprends pourquoi son sac était si volumineux ! Comme le dirait Obelix mangeons puis chantons ! Deux heures de pause, à profiter de ce cadre magnifique ! Il m’a juste fallu prendre du magnésium pour éradiquer une crampe.
15h30, on repart et Christian me propose la Vire Bütifoker et j’accepte volontiers aimant bien la variété ! Mais en guise de variété, c’est plus de la gourmandise, style meringues double crème après une fondue, mais mon innocence était encore intact !
Sous le Trou de la Tine, un chemin part droit en bas, et nous nous y engageons, aucun marquage ne l’indique. La pluie de la veille à laissé des traces dans l’amoncellement de feuilles et je regrette mes bâtons pendant ces 5′. Le sentier se radoucit, les couleurs dorées de fin de journée sont superbes et invite à la contemplation, sauf que le soleil se couche et qu’il faut garder le rythme. Nous passons par des vires aériennes, protégées par des câbles, puis arrivons vers le Sphinx où nous descendons vers la Grotte de la Mule. Plus loin un panneau puis sur un caillou, les Vires Bütikofer sont indiquées, les panneaux sont une denrée rare. Puis arrive le premier câble dans une fissure du rocher. Se pose la question existentielle : je le passe en avant (dos au mur) ou en arrière (face contre le mur). Derniers rayons du coucher de soleil. Puis, après une vire exposée, arrive la deuxième chaine. Mais quelle ambiance ici : il y a du gaz, un câble et juste de quoi poser un pied après l’autre sur des prises ou tiges métalliques. Je suis sensible au vide, donc j’avance prudemment. Je demande à Christian s’il en reste d’autres, mais que oui et le meilleur est à venir : de la double crème de Gruyère en double ration ! Une vire exposée nous amène sur le clou de ces Vires, il faut passer sur un ressaut rocheux exposé, en se tenant au câble. Un peu en adhérence, mais des petites marches sont taillées dans le rocher pour faciliter la progression. Petite ambiance montagnes russes. Christian se délecte.
Il faut ensuite descendre une échelles en barreaux pour retrouver le sentier de la montée et un filin plus loin le gros câble vertical avec des anneaux pour marches. Il reste à redescendre ce gradin, les yeux gorgés de soleil, la mémoire embuée de souvenirs et le sentiment d’avoir vécu une randonnée exceptionnelle pleine d’émotions.

Certains sites donnent les Vires Bütifoker comme une Via Ferrata, ce qui est faux (ce sont des vires sécurisées par un câble, mais que par passage). Le sentier des Etiollets est parfois mortel.
Enfin plus d’informations sur les Sentiers du Grand Salève
Le Sentier des Etournelles a subit une destruction le 07 janvier 2011, voir ces photos des dégâts. Suite à des travaux, il est à nouveau praticable.